Les méthodes agiles, un héritage de mai 68

C'était hier une journée Mai 68 sur France Inter, qui a pris de l'avance en célébrant le 22 mars.

C'était hier une journée Mai 68 sur France Inter, qui a pris de l'avance en célébrant le Mouvement du 22 mars.

L'évocation des événements m'incline à estimer qu'une des raisons qui me font adhérer avec enthousiasme aux idées du mouvement agile, c'est qu'elles me rappellent l'esprit de Mai 68, qui a irrigué mon adolescence. On retrouve dans le mouvement agile cette remise en question de l'ordre établi et quelques idées en commun.

En particulier un principe essentiel des méthodes agiles est celle de l'équipe qui se gère toute seule (empowered team). J'en ai déjà parlé dans un billet où je faisais le rapprochement avec l'autogestion de chez Lip.

Concrètement, une équipe autonome[1] se reconnait par les pratiques suivantes :

  • l'équipe choisit elle-même son travail. Avec Scrum, lors de la première partie de la réunion de planification du sprint, l'équipe définit le périmètre sur lequel elle va travailler.
  • l'équipe définit toute seule comment réaliser son travail. Par exemple, toujours au cours de cette réunion, l'équipe fait de la conception en commun.
  • une personne choisit elle-même son travail. Avec Scrum, lors de la deuxième partie de cette même réunion, un membre de l'équipe choisit les tâches qu'il accomplira pendant le sprint.
  • chacun s'engage sur l'objectif collectif de l'équipe. A la fin de la réunion, toute l'équipe s'engage sur l'objectif du sprint.
  • l'équipe se rencontre régulièrement. Au moins une fois par jour avec les scrums quotidiens.

Si ces idées nous reviennent des américains, c'est simplement par le constat qu'une équipe fonctionne mieux dans ces conditions qu'avec un chef tout puissant et qui n'est pas forcément légitime. Cela ne remet pas en cause toute idée d'autorité, mais seulement celle qui n'est pas justifiée par une attitude et un comportement vis à vis de l'équipe. Par exemple, un ScrumMaster doit être capable de faire prendre une décision si l'équipe n'y arrive pas par elle-même. De la même façon, Mai 68 ne remettait pas en cause toute forme d'autorité, comme l'explique très bien Marc-Vincent Howlett dans le Triomphe de la vulgarité[2], un essai que je viens de lire qui revient sur cette période, à l'aune de l'actualité récente.

Il est bien regrettable que ces idées de Mai 68 n'aient pas été appliquées avant en France et nous reviennent seulement maintenant, après être passées par les universités américaines. Certaines entreprises françaises -pas toutes heureusement- se retrouvent maintenant dans des organisations sclérosées par des niveaux de hiérarchie et feraient bien de s'en inspirer.

Notes

[1] terme qu'on peut préférer à équipe autogérée

[2] pages 137 et 138